Front national : Florian Philippot perd de son influence
A deux mois du premier tour, Marine Le Pen durcit son discours de campagne. Au détriment de la ligne sociale et souverainiste du très médiatique vice-président du parti Florian Philippot.

Et si l'indispensable Florian Philippot était de moins en moins… indispensable? Début février à Lyon, le vice-président du Front n'avait pas écrit le discours de lancement de campagne de la candidate , pas plus que son frère Damien, pourtant chargé depuis le mois de décembre du pôle rédaction au QG. C'est Philippe Olivier, le mari de Marie-Caroline, la sœur de Marine Le Pen, qui avait choisi les mots de la candidate et affûté les formules droitières, célébrant l'héritage chrétien de la France et ses valeurs.
Au sein du FN, Philippe Olivier, le patron de la cellule "idées-image", devenu l'un des pivots de la campagne, défend une ligne identitaire, privilégiant les thèmes de l'immigration, de l'islamisation et de la culture plutôt que ceux de l'économie, de la sortie de l'euro et du social chers au souverainiste Philippot. Et c'est Philippe Vardon, conseiller régional en Paca, ancien patron de Nissa Rebela et issu de la mouvance identitaire, qui a conçu le clip de la candidate… L'influence de ces deux hommes très proches de Marion Maréchal-Le Pen – l'un est son oncle, l'autre sa recrue niçoise – illustre le changement de cap de la candidate.
Aller chercher les voix à droite
En décembre, la rivalité entre "la nièce" et "le bras droit" avait éclaté au grand jour. Sans que l'on sache encore qui des deux allait l'emporter. Philippot avait alors imprudemment accusé Marion Maréchal- Le Pen d'être "seule" et "isolée" sur ses convictions anti-avortement. Une sortie qui lui avait valu une levée de boucliers à l'intérieur du parti, et une cinglante réplique de la jeune femme dans le JDD (édition du 10 décembre), où elle lui rappelait qu'"on ne définit pas la ligne du FN seul sur BFM TV"… Le 18 janvier 2017, un sondage du Figaro avait permis à la députée du Vaucluse de marquer un point : 52% des sondés se déclaraient plus proches de ses idées que de celles de son "adversaire" (29%).
La popularité au FN de Marion Maréchal-Le Pen n'explique cependant pas à elle seule le virage idéologique de sa tante. La primaire de la droite a montré l'existence d'un électorat foncièrement conservateur, nourri des valeurs de La Manif pour tous, mobilisé et antisystème… En novembre, ces électeurs avaient choisi François Fillon. Mais fin janvier, le "Penelopegate" a rebattu les cartes. L'idée défendue par Marion Maréchal-Le Pen et les "Sudistes" du FN, selon laquelle il fallait désormais aller chercher des voix à droite et non à gauche, s'est imposée. La désignation de Benoît Hamon au PS et le maintien de Jean-Luc Mélenchon, ont achevé de convaincre Marine Le Pen que l'espace était trop occupé de ce côté-ci de l'échiquier politique. Enfin, le soutien de Philippe de Villiers , obsédé par le "grand remplacement" de la population, lui laisse espérer que la bourgeoisie effrayée par l'islamisation de la France pourrait enfin la rejoindre.
La "chute de la maison Philippot"
Une vision désormais partagée par une autre famille du FN, celle des "populistes" du Nord comme le député européen et maire d'Hénin-Beaumont Steeve Briois, ou Bruno Bilde, conseiller régional du Pas-de-Calais, longtemps pro-Philippot… mais aussi par les anciens du MNR, parti fondé par Bruno Mégret et des dissidents du FN à la fin des années 1990, qui appelaient déjà à une fusion des droites et qui sont aujourd'hui proches des identitaires, à l'instar de Nicolas Bay, secrétaire général du Front national.
Dans ce contexte, au Front national, les commentaires sur la "chute de la maison Philippot" vont bon train. On moque ses fréquentes apparitions sur BFM, sa nouvelle chaîne YouTube en pleine campagne électorale, ou le recrutement du comédien Franck de Lapersonne… "Ce n'est pas Alain Delon, tout de même", persifle-t-on au QG. "Il a toujours voulu une relation d'exclusivité avec Marine, rétorque un député européen FN. Lorsqu'ils passaient quatre jours par semaine ensemble à Bruxelles ou Strasbourg, c'était simple. Aujourd'hui, elle est sur le terrain et au QG, et les influences sont multiples." Personne n'ose pourtant critiquer trop ouvertement Florian Philippot : le vice-président est loin d'être en disgrâce auprès d'une présidente toute-puissante avec laquelle il partage une réelle complicité et des convictions politiques. "Au fond, elle pense comme lui, mais elle croit qu'elle peut gagner. Cela la rend… pragmatique", poursuit un de ses proches. Et pour l'instant, c'est la petite musique de Marion Maréchal-Le Pen que l'on entend. Lors d'un comité interne, cette dernière a clairement donné le ton : "Je me fiche de savoir si ma fille un jour devra payer sa burqa en francs ou en euros." Sans ambiguïté.
Source: JDD papier

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