La Chine, l’autre pays du basket

Malgré la défaite de leur équipe nationale de basket face aux Etats-Unis à l’issue du match d’ouverture du tournoi olympique, les Chinois éprouvent une passion sans limite pour ce sport. Comme par hasard, la NBA vient d’ouvrir un bureau à Pékin et devrait créer un championnat d’une douzaine d’équipes d’ici peu…

Par Paul Miquel, à Pékin

Publié le 11 août 2008 à 00h00

Mis à jour le 08 décembre 2020 à 10h26

Une salle pleine comme un œuf, des écrans géants, des « pom-pom girls », de la musique et des acrobates à chaque temps mort dans une ambiance de feu ! Il suffisait de fermer les yeux pour se croire en un instant aux Etats-Unis. Et pourtant, ce dimanche 10 août, on était bien en Chine, à Pékin précisément, dans les tribunes du Wukeson Indoor Arena, aux côtés de 18.000 spectateurs littéralement extatiques. Il y avait aussi les deux George Bush, junior et senior, accompagnés de leur épouse respective et du premier ministre chinois Wen Jiabao. Anonyme dans la foule, on a aussi aperçu l’actrice Glenn Close, visiblement heureuse d’être là.

Cette rencontre entre la Chine et les Etats-Unis était l’un des événements des JO à ne pas rater. Ce jour-là, la presse chinoise, peu connue pour son sens de la surenchère, osait même parler de « match du siècle ». Il ne faut pas non plus exagérer. L’opposition entre les stars de la NBA (la ligue professionnelle de basket nord-américain) et les joueurs chinois fut à sens unique, mais la victoire facile des Etats-Unis (101-70) ne fut pas non plus infâmante pour les hôtes. Kobe Bryant, Lebron James, Jason Kidd, Chris Paul et toutes les autres stars qui constituent cette nouvelle « Dream Team » ont assuré le spectacle, sans jamais humilier leurs adversaires. Yao Ming, le pivot vedette des Houston Rocket et premier basketteur chinois à avoir intégré la NBA en 2001, a marqué 13 points et pris 10 rebonds mais, malgré son immense talent, ce géant de 2,29 m ne pouvait pas gagner à lui seul.

Si les adolescents chinois idolâtrent Yao Ming,
c’est parce qu’il symbolise la parfaite synthèse
entre la Chine d’hier et celle de demain.


Peu importe le résultat, finalement. Car, en Chine, depuis quelques années, le basket est devenu le sport-roi. Grâce aux succès de Yao Ming, une demi-douzaine d’autres joueurs origenaires de l’empire du Milieu ont été recrutés par des équipes – on parle de franchises en NBA – américaines. Dernier exemple en date : le contrat de deux ans que vient de signer Sun Yue, le meneur de jeu de la sélection chinoise, avec les Los Angeles Lakers. Si les adolescents et les jeunes adultes chinois idolâtrent Yao Ming, c’est parce qu’il symbolise la parfaite synthèse entre la Chine d’hier et celle de demain.

Il ne faut pourtant pas tout confondre : les Chinois ne sont pas d’assidus basketteurs, mais simplement des fans de la NBA qui a tout fait pour exporter son image ici. Il suffit d’ailleurs de se promener dans les quartiers branchés de Pékin pour voir déambuler des jeunes vêtus de maillots estampillés NBA. Evidemment, le recrutement de Yao Ming dans une franchise américaine il y a sept ans fut le premier pas de la grande marche du basket US vers l’empire du Milieu. Le second fut de vendre en masse les droits TV des matches aux chaînes chinoises pour irriguer le marché d’images et alimenter la presse sportive et people. Une fois ces deux piliers consolidés, la troisième étape fut d’inonder la Chine par le marketing : publicités et merchandising (maillots, jeux vidéo, produits dérivés). Résultat : la NBA possède désormais des contrats de retransmission avec 51 chaînes de télévision, auxquels il faut ajouter 30.000 points de vente et près d’une vingtaine de partenariats avec des multinationales chinoises.

L’ouverture d’un bureau NBA China d’une centaine de salariés en janvier de cette année s’inscrit logiquement dans la dynamique. « Le patron de la branche chinoise de Microsoft, Timothy Chen, a été débauché par la NBA pour diriger cette nouvelle ambassade commerciale du basket américain à Pékin », explique Nicolas Vinoy, correspondant sportif de France Télévisions en Chine qui a couvert l’événement. Par ailleurs, selon le quotidien Le Monde, la presse américaine soupçonnerait l’ancien boss de Microsoft China « d’avoir facilité la censure d’Internet exercée par les autorités communistes ». Rien de très grave pour les pros du sport-business. Les promoteurs internationaux de la NBA furent les premiers à prendre conscience de l’énorme potentiel de ce marché chinois, caractérisé pendant longtemps par un manque d’offres dans le secteur du sport-loisirs. Grâce à un accord de retransmission TV signé avec la chaîne nationale CCTV en 1990, la NBA fertilise donc le terrain depuis près de 20 ans. Pour la NBA, l’heure de la récolte va bientôt sonner.

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